
Arrivé il y a trois ans dans un club tout juste relégué, Romain Gryndzinski a insufflé une nouvelle culture de la performance au Polo. Après une demi-finale d’Élite l’an dernier et une qualification historique pour la finale cette saison, l’entraîneur (nommé aux Étoiles du hockey 2026) revient sur la métamorphose de son groupe, sa philosophie tactique basée sur l’asphyxie de l’adversaire, et des ambitions désormais tournées vers le titre national et l’Europe.
Un projet façonné pour le très haut niveau
Quand vous arrivez au club il y a trois ans, la situation est bien différente d’aujourd’hui. Quel a été le point de départ de cette aventure ?
Romain Gryndzinski : « Je suis arrivé juste après la descente du club. À l’époque, même en Élite, la section féminine n’était pas structurée pour le très haut niveau.
Nous avons conservé 80 % de l’effectif lors de la montée, intégré deux cadres la première année, puis incorporé progressivement des jeunes qui sont aujourd’hui en équipe de France Senior ou Jeunes. Nous avons mis en place une méthode de travail beaucoup plus performante, avec un staff complet incluant un préparateur physique. C’est exigeant : nous imposons trois séances de hockey plus deux sessions physiques par semaine. Nous avons la chance d’avoir un groupe qui accepte cette charge. Ce n’est pas toujours facile d’avoir des entraîneurs qui vivent l’équipe à 200 %, mais ce collectif est à notre image. Nous l’avons façonné ».

Cette force de caractère s’est cruellement illustrée lors de votre dernier match, où vous avez frôlé le pire avant de renverser la situation…
R. G. : « Absolument. À 8 minutes d’être menées 2-0, je connais peu d’équipes capables de se souder ainsi et de tout reprendre. Nous avions anticipé le jeu de Cambrai et nous nous étions juré de ne rien lâcher. Tout le monde s’est rattrapé par le col. Les filles se disaient : « On va le faire ». J’ai des jeunes de 16 ans qui se comportent déjà comme des leadeuses. Face à la difficulté, il y avait un plan pour réagir. Même s’il a plu une grande partie de la rencontre — ce que nous avions un peu oublié —, à aucun moment le doute ne s’est installé. La frustration n’a jamais pris le dessus, nous avons occulté tout le reste ».
L’asphyxie physique comme identité de jeu
« Notre stratégie : être meilleurs physiquement pour étouffer le jeu. Sur deux matchs, cela passe par une asphyxie de l’adversaire. »
– Romain Gryndzinski
Sur le plan purement tactique, quelle est la marque de fabrique de votre équipe ?
R. G. : « Le pressing constant, c’est notre ADN. Au cours du match, nous avons fait des ajustements tactiques. À un moment, nous avons manqué de patience, mais nous avons fait preuve d’une immense abnégation. Les consignes du troisième quart-temps étaient claires : sortir du terrain sans regret. C’est à partir de ce moment-là que l’alignement s’est fait et que la supériorité physique du Polo a sauté aux yeux.
Notre stratégie cette année est d’être supérieurs athlétiquement pour étouffer le jeu adverse. Avec un pressing constant à deux joueuses, on ne nous déborde pas sur les côtés ».

Comment préparez-vous le groupe à ces échéances, notamment face à des géants ?
R. G. : « Nous ne sommes pas un groupe de suiveuses, mais de travailleuses. La préparation mentale passe par la vidéo et la rigueur. Battre Saint-Germain chez elles, alors que nous avions été malmenés, est un résultat extraordinaire. Quant à Lille, c’est un vrai derby, face à une équipe installée au sommet depuis des années.
Pour contrer cela, nous passons beaucoup de temps à l’analyse vidéo pour capter les moments forts et faibles de l’adversaire. L’objectif est de donner un maximum de confiance aux filles. On croit en ce qu’elles font. On les sort de l’incertitude par la connaissance : elles savent exactement comment gérer nos temps faibles et comment exploiter ceux de l’adversaire. Nous ne battrons pas en retraite, nous garderons notre ADN de jeu ».
« Pour ce dernier bloc de travail débuté il y a un mois, nous avons modifié les entraînements pour les axer sur les connexions et les circuits de passe. Nous allons insister sur l’intensité et la cohésion. On ne va rien inventer de nouveau, on va simplement exécuter parfaitement ce que l’on sait déjà bien faire ».
Le double projet (sport et études) semble être une composante majeure de la gestion de votre effectif. Comment gérez-vous cela ?
R. G. : « C’est un principe fondamental chez les filles : le groupe se régule en fonction des études. Elles se lancent toutes dans de grands parcours scolaires. Par exemple, nous allons perdre deux joueuses qui partent en école de commerce. Au staff, nous n’arbitrons que très rarement les choix : la priorité absolue va à la formation et à leur avenir ».
« Sur notre groupe élargi de 20 joueuses, personne n’est mis de côté. Notre équipe salle affiche d’ailleurs une moyenne d’âge de 19,3 ans et est presque exclusivement composée de joueuses formées au club. Le Polo est le plus gros club de France, avec une magnifique parité, et nous avons la chance de voir éclore une génération très talentueuse ».
L’objectif initial du Top 4 est validé. Vous aviez à cœur de recevoir cette demi-finale à la maison ?
R. G. : « On voulait faire 1er, 2e ou 3e, mais surtout pas 4e pour s’offrir cette demi-finale à domicile. C’est chose faite. Pourtant, nous avons laissé filer quelques points en route : 6 points contre Saint-Germain, 3 points au match retour contre Cambrai et un nul contre Lambersart. Mais l’objectif a toujours été de jouer le très haut de tableau ».

Quelles sont les prochaines étapes pour le Polo HC ?
R. G. : Nous commençons déjà à travailler sur le recrutement de la saison prochaine. À long terme, nous souhaitons installer le club durablement dans le Top 4 et découvrir les Coupes d’Europe. L’objectif ultime, c’est d’être le premier club féminin français à représenter le pays à l’EHL (Euro Hockey League). C’est le rêve du club.
« Mais avant d’imaginer l’Europe, il y a un titre à aller chercher. C’est la première fois qu’un collectif du Polo arrive en finale, que ce soit sur gazon ou en salle. Désormais, nous voulons les titres. On veut être les premiers sacrés ».
À titre personnel, vous êtes nommé aux Étoiles du hockey cette année. Que représente cette distinction à 31 ans ?
R. G. : « C’est une grande fierté, d’autant plus que l’on est nommé par ses pairs. À 31 ans, cela valide le travail accompli. C’est mon nom qui apparaît, mais c’est avant tout l’aboutissement du travail de Thierry [Richez] et des filles. Ce succès est global : on se retrouve aujourd’hui nommés dans toutes les catégories féminines. C’est la récompense de tout un club ».