
La septième place décrochée par les moins de 21 ans lors de la Coupe du Monde Junior en Inde n’est pas qu’un simple classement de fin de tournoi ; elle est le miroir d’une ambition nationale en pleine mutation. Pour Benoit Gallet, Directeur Technique National de la Fédération Française de Hockey, le recul permet d’apprécier la portée de cet accomplissement. « Le bilan est très encourageant et nous sommes fier de ce groupe et du staff. Nous sommes des compétiteurs et évidemment nous sommes frustré de sortir aux shoot-outs par les doubles champion du monde. La France avait les ingrédients pour concurrencer l’Inde en demi et l’Espagne en finale ».

Pour lui, au-delà de la 7ème place, l’essentiel réside dans les qualités de jeu individuels et collectives proposées, le coaching, à la capacité à déployer ses systèmes de jeu et à faire déjouer les meilleures nations car, comme il le souligne, « il faut se situer dans la hiérarchie internationale et une Coupe du monde junior et la meilleure évaluation possible d’un système fédéral de fabrication de la performance face à la concurrence internationale ». Notons que pour la 1ère fois, 24 nations participaient à la Coupe du monde, ce qui a donné lieu à un mode nouveau de qualification pour les quarts de finale : « Sur les 8 équipes qualifiés en quart, 5 avaient 3 victoires et comptabilisaient 9 points à l’issu de la phase de poule. C’est donc le goal-average qui a été déterminant avec des niveaux d’opposition différents selon les groupes si on se fit au ranking des équipes ».
Cette Coupe du monde s’inscrit dans une année extraordinaire pour l’ensemble des équipes de France », explique-t-il ensuite . Cette performance confirme une régularité nouvelle pour le hockey hexagonal, Benoit Gallet rappelant avec fierté que « c’est la troisième Coupe du monde où on se qualifie de suite et que l’on sort de la phase de poule en se classant à chaque fois 1er de la poule devant des concurrents majeurs (Inde en 2021, Allemagne en 2023 et Australie en 2025). C’est un performance dont on s’habitude, ce qui va dans le bon sens de l’excellence, que l’on s’impose, mais qui ne doit pas occulter le niveau de difficulté de tels résultats. A titre d’exemple, c’est le championnat d’Europe qui est qualificatif à une Coupe du monde et quand on connait le niveau compétitif européen (5 équipes européennes sur 8 en quart de finale de la coupe du monde juniors), ce n’est jamais facile ».

Un duel d’égal à égal avec les géants
L’analyse du parcours français révèle une équipe capable de regarder les plus grandes nations dans les yeux. Avec quatre victoires, un nul et une seule défaite en six matchs, les Bleuets ont rendu une copie statistique impressionnante et « met en avant le travail de Matthias (M. Dierckens, manager de la Performance à la FFH et head coach U21 depuis 2022) et de tout son staff expérimenté d’une 2ème coupe du monde et d’un championnat d’Europe juniors ». La confrontation face à l’Allemagne, malgré l’élimination, reste un moment fondateur pour ce groupe. « L’Allemagne est plus expérimentée, plus âgée, bénéficie de beaucoup plus de moyens pour se préparer et on a fait jeu égal et eu l’initiative du jeu, donc c’est intéressant. L’écart se réduit de compétition en compétition et est désormais très proche notamment si on analyse la finale des U18 de cette année (perte aux shoot-outs) et le match des France A contre l’Allemagne à l’Euro (défaite 3 vs2) », analyse le DTN. « On fait souvent référence au modèle belge, mais le modèle Allemand dans la formation des joueurs, d’un collectif et même des entraineurs est très inspirant ».
Cette parité technique et tactique prouve que le travail de fond porte ses fruits, transformant la frustration de la défaite en un moteur de progression. « C’est un bilan encourageant. Notre presse et relance ont été très performantes. C’est un groupe très jeune et le niveau était très serré entre les 7 premières équipes : les quarte quarts de finale se sont soldés par soit par 1 seul but d’écart ou une séance de shoot-out, de même pour une demi-finale et la finale. L’expérience aura parlé », concède-t-il. « Sur la filière masculine, nous nous donnons les moyens d’aborder désormais toutes les compétitions internationales avec l’ambition d’un podium ». Pari quasi réussi en 2025 avec les U18 et les A (3ème en Nations Cup et 4ème en EuroHockey A).
La jeunesse au cœur du projet de performance
L’un des points les plus frappants de cette campagne réside dans la précocité des joueurs sélectionnés. Benoit Gallet insiste sur ce point : « La moyenne d’âge de cette équipe est très jeune pour cette Coupe du monde 2025, 19 ans de moyenne ». Cette stratégie de faire confiance aux talents de demain est assumée, avec notamment deux joueurs encore mineurs dans l’effectif et 6 qui ont pris part à l’EuroHockey U18 de cet été. Ce pari sur la jeunesse assure une continuité importante puisque seize d’entre eux resteront mobilisés pour le projet de la Coupe d’Europe U21 à Valence en 2026. La structure même de la formation française est reconnue par ces résultats, soixante-dix pour cent des athlètes étant passés par le système des Pôles. « C’est très bien que certains clubs « performance » puissent proposer un environnement de haut niveau », se réjouit le DTN, tout en notant que la dimension athlétique et physique ne constitue plus une carence : « Il n’y a pas d’écart sur cet aspect. On a fait évoluer notre préparation physique depuis 2 ans et ça montre ses fruits ».

L’exigence des shoot-outs
L’élimination aux tirs au but est un point d’attention de la DTN (sur les 2 dernières années, les EDF ont perdu 4 séances sur 6 en compétitions officielles), mais l’approche se veut méthodique. Benoit Gallet refuse de céder à la fatalité du « coup de dés ». « Nous devons analyser et ne pas être dans l’émotion », précise-t-il. « L’exercice des shoot out est spécifique et nécessite des qualités particulières, tant technique que mental ».
Pour lui, l’intégration des shoot-outs dans certaines compétitions comme les Interligues en 2025 est une étape clé pour « évaluer des gardiens parfois moins sollicités en match». « On n’a pas attendu la Coupe du monde pour agir », précise-t-il, soulignant que la fédération pose désormais de la data sur ces phases de jeu pour optimiser les performances futures. Nous allons étudier l’intérêt de renforcer la préparation de cette phase de jeu et échanger avec les clubs. Depuis les JO de Paris 2024, nous réalisons un bilan complet à 360° de chaque compétition et de sa préparation en s’appuyant sur la méthode Orfèvre de l’ANS. Nous l’avons notamment fait pour les EuroHockey U18 garçons et filles de l’été 2025 pour analyser et optimiser les clés de la performance durable. La coupe du monde U21 fera également l’objet de cet analyse profonde avec les athlètes, le staff, dirigeants et autres acteurs de la performance … pour corriger et améliorer ce qui doit l’être.
Le regard de Benoit Gallet se tourne désormais vers 2026, une année qu’il qualifie de charnière sur cet olympiade 2024 – 2028 avec quatre compétitions majeures au calendrier des EDF jeunes et seniors. Pour les U21, l’objectif est limpide et ambitieux : « Notre objectif, sera d’aller chercher un podium européen pour les garçons avec un groupe plus mature et expérimenté. Pour les filles, nous accueillerons, grâce au dynamisme du club de Salon de Provence, le tournoi de l’EuroHockey B que nous ambitionnons de remporter pour remonter en 1ère division et viser une qualification sportive à la coupe du monde féminine juniors 2027. Le DTN voit en ces jeunes un « vivier à fort potentiel qui arrive et dont le défi sera de les fidéliser avec les clubs dans leur parcours de sportifs de haut niveau notamment sur le volet socio pro » et travaille déjà sur les conditions de transformation des performances entre les catégories juniors depuis 2021 et l’équipe de France A.
« A l’EuroHockey de l’été 2025, 50% des joueurs de l’EDF seniors sélectionnés ont participé à l’une des 3 dernières Coupes du monde juniors entre 2021 et 2025. Avec les CREPS, nous améliorons également les conditions d’entrainement des générations U21 et U18/U16 en pôle France relève et renforçons l’expertise sportive et managériale des staffs des EDF », conclut-il, rappelant que l’accompagnement des joueurs sortant de la catégorie junior est crucial pour « avoir les résultats chez les seniors. C’est pour cela que pour la filière féminine, qui ne bénéficie pas encore d’un pôle France permanent post Bac, nous lançons tout début 2026, un grand plan avec les Ligues régionales, nommé « Brisbane 2032 » piloté par Gaël Foulard pour renforcer la préparation des générations futures et le travail de formation des jeunes talents ». Le hockey français ne se contente plus d’apprendre ; il s’installe durablement à la table des meilleurs, porté par une vision à long terme.
Horizon 2026 : Qualification coupe du monde seniors, Nations Cup seniors, EuroHockey U21, coupe du monde seniors et … ProLeague